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Réflexions

L'IA, c'est du sur-mesure, pas du prêt-à-porter (1/3)

Dominique Ryon8 min de lecture
  • sur-mesure
  • process métier
  • stratégie IA
  • PULCCI Innov
  • dirigeants TPE PME

Premier volet d'une trilogie de réflexions née sur le terrain, pendant deux jours d'ateliers et de conférences au PULCCI Innov, à Annecy.

J'ai passé deux jours au PULCCI Innov. Deux jours d'ateliers, de conférences et de discussions autour de l'intelligence artificielle. Moi qui l'utilise au quotidien dans mon travail, j'étais comme un poisson dans l'eau. Mais ce qui m'a le plus marqué, ce ne sont pas les démonstrations techniques. Ce sont les questions que posaient les dirigeants venus s'informer — des dirigeants qui, pour la plupart, touchent encore très peu à l'IA et cherchent à comprendre par où commencer.

Et une question revenait sans cesse. Toujours la même. C'est précisément la mauvaise.

« Est-ce que l'IA peut faire ça ? »

Voilà la question que j'ai entendue le plus souvent. Et je comprends pourquoi on se la pose : c'est une question prudente, légitime, celle qu'on adresse à un outil dont on évalue les limites avant de s'y risquer.

Le problème, c'est que la réponse est presque toujours oui.

Très souvent, l'IA peut le faire. Rédiger, trier, analyser, résumer, traduire, organiser, anticiper, relancer, classer. La question « est-ce que c'est possible ? » a perdu son intérêt, parce qu'elle ne discrimine plus rien. Elle vous laisse devant un catalogue infini de promesses, sans la moindre boussole pour choisir.

La vraie question, celle qui change tout, c'est : quel outil IA dois-je brancher sur mon process pour gagner réellement en productivité ?

Vous remarquez la différence ? On ne part plus de l'outil. On part de soi. De son métier, de ses frictions, de la manière dont on travaille déjà. C'est un renversement complet de la démarche — et pour bien le saisir, il faut faire un pas en arrière.

Un parallèle pour ceux de ma génération

Souvenez-vous de la fin des années 90, quand l'informatique de bureau est entrée pour de bon dans nos entreprises.

Ce ne fut pas une partie de plaisir. Il a fallu bousculer nos process, réorganiser nos façons de faire, plier nos métiers pour les faire rentrer dans les cases de gros logiciels qui, eux, ne pliaient pas. Qui ne s'est pas cassé la tête sur son premier tableau Excel ? Qui n'a pas sué sur son premier PowerPoint, à chercher où cliquer, à recommencer trois fois une mise en page qui ne tenait pas ?

L'outil imposait sa logique. Et nous, nous nous adaptions à lui. C'était le prix d'entrée. On n'achetait pas un logiciel pour qu'il épouse notre métier — on apprenait notre métier à travers le logiciel.

Pendant vingt-cinq ans, ce paradigme a été le nôtre. Il s'est gravé si profondément qu'il est devenu un réflexe : nouvel outil = adaptation de l'entreprise à l'outil.

Et c'est exactement avec ce réflexe que beaucoup de dirigeants abordent aujourd'hui l'intelligence artificielle.

C'est là l'erreur.

Le renversement : c'est l'outil qui s'adapte à vous

Parce qu'avec l'IA, la logique s'inverse.

L'IA n'est pas un gros logiciel monolithique dans lequel il faut faire rentrer votre activité. C'est une matière souple, modelable, qui peut s'ajuster à votre manière de travailler. À votre vocabulaire métier, à vos étapes, à vos exceptions, à ce qui fait la singularité de votre entreprise.

Là où Excel vous disait « voici mes cases, débrouillez-vous pour y entrer », l'IA bien déployée vous dit « montrez-moi comment vous travaillez, je m'y plie ».

C'est un changement de nature, pas seulement de degré. Et le jour où on l'a vraiment intégré, le champ des possibles devient immense. On cesse de se demander « comment vais-je m'adapter à cette nouvelle technologie ? » pour se demander « comment cette technologie va-t-elle se couler dans ce que je fais déjà bien ? ».

C'est précisément cette conviction qui fonde toute mon approche. Et lors d'une séance de networking au PULCCI, une conversation l'a illustrée mieux que n'importe quel discours.

L'anecdote du « mets-la sur les stores »

J'étais en train d'échanger avec quelques chefs d'entreprise. Je leur racontais une automatisation que j'ai conçue pour Le Montbrillant, un hôtel quatre étoiles indépendant à Genève : un système de ticketing pour les équipes de housekeeping. Quand une gouvernante repère un problème dans une chambre — un robinet qui fuit, une ampoule grillée, un store cassé —, elle crée un ticket en quelques secondes depuis son téléphone. L'information est centralisée, horodatée, suivie. Fini le cahier papier qui se perd entre l'accueil et l'équipe technique.

L'un de mes interlocuteurs s'enthousiasme : « Mais c'est génial, ça ! Tu devrais transformer ça en application, la mettre sur le Google Play et l'App Store, la vendre à tous les hôtels ! »

J'ai répondu non.

Sa surprise était totale. Pourquoi refuser une idée qui ressemble à une évidence commerciale ?

Pour une raison simple : le process métier du Montbrillant n'est pas celui de tous les hôtels. La façon dont Florence organise son housekeeping, ses étages, ses roulements, sa communication entre accueil et technique — c'est son organisation, façonnée par des années de terrain. Un autre établissement aurait d'autres priorités, d'autres contraintes, d'autres habitudes.

Transformer cette solution en application standardisée, ce serait revenir au vieux paradigme : forcer chaque hôtel à plier son métier à mon outil. À adapter son organisation à mes cases, comme on s'adaptait à Excel en 1998. Je proposerais alors exactement ce que je combats : du prêt-à-porter déguisé en solution miracle.

Or ce qui fait la valeur de l'automatisation du Montbrillant, ce n'est pas le code. C'est qu'elle épouse parfaitement ce terrain-là. La déplacer telle quelle ailleurs, c'est lui retirer ce qui la rend précieuse.

Ce que ça change concrètement pour un dirigeant

Si vous êtes dirigeant et que vous lisez ceci, voici ce que ce renversement implique très concrètement pour vous.

Cela veut dire qu'il faut vous méfier des solutions clés en main vendues comme universelles. Le « package IA pour votre secteur », le « pack tout-en-un », l'abonnement magique qui promet de tout résoudre pour tout le monde de la même façon. Si c'est valable pour tous, ce n'est sur-mesure pour personne. Et ce qui n'est sur-mesure pour personne vous demandera, tôt ou tard, de plier votre métier à l'outil — c'est-à-dire de payer deux fois : une fois l'abonnement, une fois en frictions et en perte de sens pour vos équipes.

Cela veut dire, à l'inverse, qu'il faut commencer par regarder vous. Vos process. Vos frictions réelles. Les endroits précis où votre entreprise perd du temps, de l'énergie, de l'information. C'est de là que doit partir toute réflexion sur l'IA — pas du dernier outil à la mode dont tout le monde parle.

C'est exactement le rôle d'un audit. Avant de déployer quoi que ce soit, on cartographie votre terrain : ce que vous faites bien, ce qui coince, ce qui peut être augmenté par l'IA et — tout aussi important — ce qui ne doit surtout pas l'être. On ne plaque pas une technologie sur une entreprise. On part de l'entreprise pour choisir la technologie. Et parfois, la bonne réponse n'est même pas de l'IA : c'est un meilleur tableau de bord, une réunion mieux structurée, un process simplifié. Le sur-mesure, c'est aussi savoir dire « ici, vous n'en avez pas besoin ».

En une phrase

L'IA, c'est du sur-mesure, pas du prêt-à-porter.

Le prêt-à-porter, c'est l'outil qui impose sa taille et vous demande de rentrer dedans. Le sur-mesure, c'est l'outil taillé pour vos épaules, qui épouse votre façon d'être et de faire.

Ce premier volet posait la bonne question : non pas « que peut faire l'IA ? », mais « que peut-elle faire pour mon process à moi ? ». Dans le deuxième volet de cette trilogie, je raconterai l'histoire d'un dirigeant industriel croisé au PULCCI — qui avait d'abord ouvert l'IA à ses équipes, puis tout interdit du jour au lendemain par peur d'être tenu responsable. Une histoire qui parle de formation, de cadre, et de la sérénité qu'apporte la compréhension. Et dans le troisième, nous irons explorer la frontière : ce que l'IA fait déjà admirablement, et ce qui reste, encore aujourd'hui, irréductiblement humain.


Et chez vous ?

Si vous vous êtes déjà demandé « est-ce que l'IA peut faire ça ? » sans savoir par quel bout commencer, c'est probablement que vous partez de l'outil au lieu de partir de vous.

La première étape, chez Arborys IA, c'est l'audit IA. Un questionnaire approfondi conçu avec des dirigeants, des psychologues du travail et des spécialistes de la stratégie d'entreprise, suivi d'un rapport personnalisé reçu sous 48 à 72 heures, validé humainement. Vous y trouverez vos forces, vos zones critiques, et un plan d'action concret. Du sur-mesure, taillé pour votre terrain — pas un package de plus.

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L'IA augmentée par l'humain. Toujours.

— Dominique Ryon, fondateur d'Arborys IA


*Cet article cite l'automatisation de ticketing déployée pour l'Hôtel Le Montbrillant ***, à Genève, publiée avec l'accord de sa direction.

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